Le Plan Épargne Retraite Populaire — le fameux PERP — a officiellement fermé ses portes aux nouvelles souscriptions en octobre 2020, remplacé par le PER individuel. Pourtant, plusieurs millions de Français détiennent encore un contrat actif, avec des encours qui continuent de fructifier. Fermer le dossier serait une erreur : bien piloté, un PERP peut encore générer une rente viagère confortable ou, dans certains cas, un capital non négligeable à la retraite.
Avant de décider quoi faire de votre contrat — le conserver, le transférer vers un PER ou attendre la liquidation — mieux vaut comprendre précisément comment fonctionne ce produit d’épargne, quelle fiscalité s’applique, et dans quels cas un déblocage anticipé est possible. Sur kryos.fr, notre simulateur de retraite vous permet d’estimer en quelques clics le niveau de rente que vous pouvez espérer selon vos versements cumulés.
Ce qu’est vraiment le PERP
Un contrat d’assurance-vie dédié à la retraite
Le PERP est un contrat d’épargne à long terme, géré par un assureur ou un établissement bancaire, dont l’objectif unique est de constituer un complément de revenus pour la retraite. Les versements effectués pendant la vie active sont bloqués jusqu’à la liquidation de la retraite obligatoire — sauf exceptions. À l’échéance, la sortie s’effectue principalement sous forme de rente viagère : une somme versée chaque mois (ou trimestre) jusqu’au décès du titulaire.
Contrairement à une assurance-vie classique, le capital accumulé n’est pas librement disponible. C’est le prix de la contrepartie fiscale : les cotisations versées chaque année sont déductibles du revenu imposable, dans la limite d’un plafond défini par le fisc.
Les versements et le plafond de déduction
Chaque année, vous pouvez déduire vos versements sur un PERP de votre revenu net global, dans la limite de 10 % des revenus professionnels de l’année précédente, plafonnés à 10 % de huit fois le Plafond Annuel de la Sécurité Sociale (PASS). Pour 2024, cela représente un plafond de déduction d’environ 35 194 €. Un plancher de 4 399 € s’applique pour les contribuables aux revenus modestes — ce qui rend le PERP utile même sans revenus élevés.
Si vous n’utilisez pas tout votre plafond une année, le reliquat est reportable sur les trois années suivantes. Beaucoup de titulaires ignorent cette règle et laissent des économies d’impôt sur la table.
La fiscalité du PERP : avantage à l’entrée, imposition à la sortie
La logique fiscale du PERP repose sur un report d’imposition. Vous déduisez maintenant, vous payez plus tard — en espérant que votre tranche marginale d’imposition sera plus faible à la retraite qu’en activité. Dans la majorité des cas, c’est exact.
- À l’entrée : les cotisations réduisent votre revenu imposable. Pour quelqu’un dans la tranche à 30 %, verser 5 000 € sur un PERP génère 1 500 € d’économie d’impôt immédiate.
- À la sortie en rente : la rente viagère perçue est imposée comme une pension de retraite — revenus ordinaires après abattement de 10 %, dans la limite de 4 321 € par an (plafond 2024). Les prélèvements sociaux à 17,2 % s’appliquent également sur une fraction de la rente.
- À la sortie en capital (cas spécifiques) : le capital est soumis au barème de l’impôt sur le revenu, ou sur option au prélèvement forfaitaire libératoire de 7,5 % après abattement de 10 %.
La fiscalité reste globalement favorable pour les profils en tranche à 30 % ou plus pendant leur activité, et qui descendent en tranche à 11 % à la retraite. Pour les autres situations, le calcul mérite d’être fait avant de continuer à alimenter le contrat — ou de le transférer.
Les modalités de sortie du PERP
La rente viagère, sortie principale
Par défaut, les sommes accumulées sur un PERP se transforment en rente viagère au moment de la retraite. L’assureur calcule le montant de cette rente en fonction du capital constitué, de votre âge à la liquidation, et des tables de mortalité en vigueur. Plus vous liquidez tard, plus la rente est élevée — simplement parce que l’espérance de vie résiduelle diminue.
Plusieurs options de rente existent : rente simple, rente réversible au conjoint (avec une décote sur le montant initial), rente avec annuités garanties. Le choix est définitif au moment de la conversion. Prenez le temps de comparer les offres — les taux de conversion varient sensiblement d’un assureur à l’autre.
La sortie en capital : limitée mais possible
Le PERP autorise une sortie en capital dans deux situations précises :
- À hauteur de 20 % du capital constitué au moment de la retraite, en complément d’une rente pour le solde (option introduite en 2011).
- En totalité, si la rente viagère calculée est inférieure à 480 € par an (soit 40 € par mois) — ce seuil dit de « faible rente » permet d’éviter de gérer une rente symbolique à vie.
Dans les deux cas, la fiscalité sur le capital perçu reste plus lourde que celle de la rente, mais le choix peut se justifier selon votre patrimoine global et vos besoins de liquidités.
Le déblocage anticipé : cinq cas stricts
En dehors de la retraite, les sommes sont en principe indisponibles. Cinq cas de déblocage anticipé permettent de récupérer le capital avant l’âge légal :
- Expiration des droits à l’assurance chômage (fin de droits réels, pas une démission)
- Invalidité de 2e ou 3e catégorie reconnue par la Sécurité sociale
- Décès du conjoint ou du partenaire de PACS
- Surendettement reconnu par la commission compétente
- Cessation d’activité non salariée suite à liquidation judiciaire
Ces cas restent restrictifs. Le déblocage pour « accident de la vie » n’est pas automatique : il faut fournir les justificatifs à l’assureur et la demande est examinée au cas par cas. Les sommes perçues dans ces situations sont exonérées d’impôt sur le revenu, mais les prélèvements sociaux restent dus.
PERP ou transfert vers un PER : que choisir ?
Depuis octobre 2020, les titulaires d’un PERP peuvent transférer leur contrat vers un Plan Épargne Retraite individuel (PERin) sans frais si le PERP a plus de 10 ans d’ancienneté. Le PER offre des options de sortie plus souples : sortie en capital possible à 100 % (contre 20 % pour le PERP), et les cas de déblocage anticipé incluent l’achat de la résidence principale.
Trois questions guident le choix :
- Votre contrat PERP est-il performant ? Comparez les frais de gestion annuels (souvent entre 0,6 % et 1,2 %) et les supports d’investissement disponibles.
- Avez-vous besoin d’acheter votre résidence principale avant la retraite ? Si oui, le PER est structurellement plus adapté.
- Votre assureur propose-t-il un transfert sans frais vers un PER maison ? Certains en profitent pour imposer des conditions moins favorables — lisez le nouveau contrat avant de signer.
Si votre PERP est récent (moins de 10 ans), les frais de transfert peuvent atteindre 5 % — ce qui change radicalement le calcul. Sur kryos.fr, utilisez notre comparateur d’épargne retraite pour évaluer si le transfert est rentable dans votre situation.
Ce qui se passe en cas de décès avant la retraite
Si le titulaire décède avant la liquidation de sa retraite, le sort du capital dépend des options souscrites dans le contrat. Dans la plupart des PERP, les sommes accumulées ne sont pas perdues : elles sont converties en rente viagère versée au bénéficiaire désigné — conjoint, enfants ou tiers. Certains contrats prévoient aussi une rente éducation pour les enfants mineurs.
Le bénéficiaire doit être clairement désigné dans le contrat. Si aucune clause bénéficiaire n’a été remplie, les fonds intègrent la succession selon les règles civiles — avec potentiellement des droits de succession à payer. Vérifiez cette clause chaque fois que votre situation familiale change : mariage, divorce, naissance.
En cas de décès après la liquidation, si une option de réversion a été choisie, le conjoint survivant perçoit une fraction de la rente (généralement 60 % à 100 %) jusqu’à son propre décès. Sans réversion, la rente s’arrête au décès du titulaire — et le capital résiduel reste chez l’assureur. Ce point mérite d’être pesé sérieusement au moment de convertir l’épargne en rente.
Questions fréquentes
Peut-on encore ouvrir un PERP aujourd’hui ?
Non. Les nouvelles souscriptions au PERP sont fermées depuis le 1er octobre 2020. Depuis cette date, le produit équivalent est le Plan Épargne Retraite individuel (PERin), qui reprend la logique du PERP avec des options de sortie plus flexibles, notamment la possibilité de récupérer l’intégralité de l’épargne en capital à la retraite ou de débloquer les fonds pour l’achat d’une résidence principale.
Combien de temps faut-il garder un PERP avant de le transférer sans frais ?
La loi Pacte fixe la condition à 10 ans d’ancienneté du contrat pour qu’un transfert vers un PER se fasse sans frais de transfert. En dessous de ce seuil, les assureurs peuvent facturer jusqu’à 5 % des sommes transférées. Passé 10 ans, les frais sont nuls et le transfert peut se faire librement vers n’importe quel PER du marché, pas uniquement celui de votre assureur actuel.
Quelle différence entre une rente viagère simple et une rente réversible ?
La rente viagère simple s’arrête au décès du titulaire : le capital résiduel reste à l’assureur. La rente réversible prévoit qu’une fraction (60 % à 100 % selon l’option choisie) continue d’être versée au conjoint survivant jusqu’à son propre décès. En contrepartie, le montant initial de la rente est réduit — généralement de 10 % à 20 % selon l’âge du bénéficiaire. Le choix est définitif au moment de la liquidation.
Le PERP est-il soumis aux droits de succession ?
Si un bénéficiaire est désigné dans le contrat, les sommes transmises via le PERP bénéficient généralement d’un régime fiscal favorable, hors succession civile — similaire à l’assurance-vie. En l’absence de clause bénéficiaire, les fonds intègrent la succession et peuvent être soumis aux droits de mutation selon le lien de parenté. Il est donc indispensable de rédiger et mettre à jour régulièrement la clause bénéficiaire.
Les versements sur un PERP sont-ils pris en compte dans le calcul des retraites obligatoires ?
Non. Le PERP est un produit d’épargne privé, totalement indépendant des régimes de retraite obligatoires (CNAV, Agirc-Arrco, etc.). Les cotisations versées n’ouvrent aucun droit à trimestres ou points de retraite. La rente ou le capital issu du PERP constitue uniquement un complément aux pensions légales, financé sur votre propre épargne.